Lionel "Ludom" Jeannerat est bitcoiner, auteur et directeur de la maison d’édition PVH Editions. Il est l'invité du blog StackinSat cette semaine. Dans cette tribune, Ludom réfléchit aux différentes stratégies possibles pour lutter contre le lobby anti-bitcoin.


Avec les dernières décisions politiques européennes et les débats virulents sur les réseaux sociaux sur l’encadrement des cryptomonnaies, je pense qu’il est temps que les Bitcoineurs réfléchissent à leur défense, à une stratégie pour lutter dans le champ politique. Pour ma part, j’y travaille depuis des mois et espère pouvoir ficeler une vision politique pour le mois de juin. Et au fil de mes réflexions concernant nos adversaires, une évidence m’a sauté aux yeux que j’aimerais vous partager dans ce texte un peu plus léger.

Ceux qui devraient s’occuper de leur poutre

Parmi nos adversaires, nous avons beaucoup d’élus, parfois même au pouvoir depuis des années. Il y a également des banquiers de toutes sortes et parmi eux des banquiers centraux. Ils critiquent Bitcoin comme un moyen de fraude, de blanchiment et de spéculation, une catastrophe écologique et plein d’autres fantasmes. Ces critiques me font doucement rire venant de leur part. Plutôt que de nous défendre, nous devrions juste leur renvoyer la balle.

Pourquoi pendant toutes ces années, avez-vous soutenu ou fait fonctionner un système qui, de manière avérée, sert massivement à tout ce que vous nous reprochez ? Pourquoi pouvez-vous accepter au XXIe siècle qu’une part si importante de l’humanité soit encore débancarisée, exclue de l’épargne et du système financier ?

Avant de nous reprocher quoi que ce soit, je pense que ces personnes devraient balayer devant leur porte. S’il y a des responsables pour toutes les affaires de blanchiment et de fraude révélées ces dernières années, ce sont bien eux. Les Bitcoineurs n’ont pas à être leurs boucs émissaires.

Ceux qui brassent du vent

Certains de nos adversaires ont conscience des limites et des défauts du système monétaire et financier actuel. Ils écrivent des livres entiers, font des conférences et gesticulent en tous sens. Ils crachent sur Bitcoin car il ne correspond pas aux fictions qu’ils décrivent dans leurs livres, qui ressemblent à des listes de vœux au père Noël. Et malgré toute leur conviction et après tant de salive dépensée, leurs fantasmes n’existent toujours pas car ils comptent sur d’autres pour trouver les mettre en place. Leur projet repose TOUJOURS sur un financement public et sur une adoption contrainte par la puissance étatique, qu’ils prétendent « démocratique ». Soyons sérieux…

Certains sont moins hypocrites et lancent leur monnaie, généralement locale et complémentaire. Ils s’amusent avec quelques copains avec des papiers bariolés, font semblant de « changer le système ». La réalité est juste pathétique : ces expériences ne durent jamais très longtemps et leur niveau d’adoption est complètement anecdotique en comparaison avec Bitcoin. De plus, leurs expériences n’ont jamais eu d’effet notable sur les défauts du système financier qu’ils souhaitent combattre.

Avant de nous attaquer à Bitcoin, je pense que ces gens feraient mieux de se concentrer sur la réussite de leurs propres projets. Quand ils auront obtenu, ne serait-ce qu’un centième de l’impact de Bitcoin dans le monde, je débattrai avec plaisir d’égal à égal, mais pour le moment nous ne sommes pas dans la même catégorie. Désolé.

Ceux qui donnent des leçons

En 2022, c’est la nouveauté. Après avoir dit tout le mal et toutes les bêtises de l’univers sur Bitcoin, certains adversaires ont compris qu’il ne pouvait stopper ni son mécanisme ni son adoption. Ils changent à présent de stratégie en prétendant « rendre Bitcoin meilleur ». À l’exemple de Greenpeace et le WEF qui font des spots publicitaires pour expliquer « qu’on peut rendre Bitcoin écologique en changeant une ligne de code », on voit fleurir des spécialistes du café du commerce qui se croient plus malins que des centaines spécialistes qui y travaillent depuis des années.

Sans le savoir, ces donneurs de leçon prouvent qu’ils ne comprennent même pas le b-a-ba de Bitcoin. Au lieu de payer des millions dans des agences de communication, ils devraient engager des développeurs pour écrire lignes de codes magiques dont ils semblent avoir le secret. La participation au développement de Bitcoin est ouverte, ils peuvent donc déposer un BIP (Bitcoin improvement proposal). C’est sur de telles propositions concrètes que l’on peut réellement avoir une discussion et éventuellement faire évoluer Bitcoin. Toute autre action n’est que gesticulation stérile.

Avant de se croire plus malins que tout le monde, ces gens devraient sortir de leur bulle et comprendre les bases du sujet avant de faire la morale. Pas de BIP, pas de chocolat. Simple, basique

Ceux qui font des promesses

Et puis finalement, il y a tous les altcoineurs qui font beaucoup de promesses, qui parfois tentent des trucs. Ça part dans tous les sens et, pour le coup, ce n’est pas toujours inintéressant même si l’on déplore surtout des arnaques et des projets volontairement survendus. Mais il faut constater que jusqu’à présent, aucune alternative n’a montré une adoption, une stabilité et une sécurité comparable à Bitcoin. Ethereum est l’exemple typique de la promesse permanente. Son code définitif et stable est toujours en travaux, son consensus est lui-même toujours en cours de construction. Ce n’est pas faute d’avoir dépensé sans compter dans la R&D (je me demande ce qu’accomplirait une MLC si elle avait autant de moyens), mais j’ai des doutes sur la pertinence de résoudre les problèmes par toujours plus de complexité.

Mais on ne sait jamais, peut-être qu’une formule encore plus magique que Bitcoin attend d’être découverte. Mais avant de prendre ses rêves pour une réalité et de se croire plus génial que Satoshi Nakamoto, il va falloir proposer une solution finie et stable qui fasse ses preuves sur une longue durée. C’est à ces conditions que l’on peut réellement tenir la comparaison avec Bitcoin. En attendant, les altcoineurs ne font que spéculer sur de belles paroles.

Celui qui a fait

Nous savons que Satoshi Nakamoto n’a publié son livre blanc qu’après avoir codé une première version de Bitcoin. Il l’a sans doute retouché avant de la partager, mais une chose est certaine : dès son premier message, il ne parlait pas dans le vide. Peu de temps après, il dévoilait le programme informatique qui concrétisait son livre blanc, puis il démarre le réseau Bitcoin dans la foulée. Ce n’était pas un génie isolé, il reposait sur les épaules d’autres « faiseurs ». Ces pionniers aimaient partager leurs réflexions, mais, surtout, ils construisaient loin des projecteurs des solutions concrètes pour défendre nos libertés grâce à l’informatique, la cryptographie et Internet.

Aujourd’hui, nous avons Bitcoin. Il fonctionne toujours sur les mêmes bases que lors de son lancement. Nous avons ce que nos adversaires n’ont pas : une solution concrète, fiable et vérifiable. Non, nous ne faisons pas des promesses quand nous disons que Bitcoin permet l’intégration financière de milliards de non-bancarisés. Non, nous ne spéculons pas lorsque l’on dit qu’on est en train de renverser les institutions financières, elles tremblent et nous combattent. Non, nous ne promettons rien lorsque l’on dit que Bitcoin est accessible et fonctionne de manière distribuée, sur un consensus basé sur les mathématiques. Tout ceci est concret, accessible et vérifiable en quelques clics.

C’est pour cette raison que nos adversaires ne savent pas comment nous arrêter. Ils s’épuisent dans le domaine des idées, sans comprendre que nous évoluons dans un autre monde, celui de l’action. Nous téléchargeons des programmes informatiques, nous les faisons tourner sur nos ordinateurs, nous communiquons et commerçons avec des messages chiffrés. Cela fonctionne et, jusqu’à présent, cela s’est révélé indestructible.

Nous ne pouvons pas discuter à égalité avec ces gens qui n’ont aucune alternative réelle, sérieuse ou stable à proposer. On peut bien débattre avec les tenants du système financier actuel, mais n’est-ce pas les défauts de celui-ci qui nous poussent à en adopter un meilleur ? Nous ne partageons pas la même vision du monde.

À l’avenir, dans tous les débats, je ne m’amuserai plus à débattre sur de la science-fiction ou sur des fantasmes politiques. Je recentrerai le débat sur le réel, sur l’action. Vous n’aimez pas Bitcoin ? Ok, alors là vous proposez quoi tout de suite pour le remplacer ? Parce que moi, si le système financier actuel ne vous convient pas ou vous rejette, j’ai une solution que vous pouvez installer tout de suite sur votre smartphone, c’est gratuit et c’est fiable. Tout le reste n’est que du vent ou du sable mouvant.

Bio de l'auteur

Lionel "Ludom" Jeannerat est un bitcoiner depuis 2013. Après quelques expérimentations dans les altcoins, il revient à Bitcoin après le dénouement de la guerre des Bigblocks. Historien de formation, il est aujourd'hui éditeur chez PVH Editions et entrepreneur. Il s'intéresse particulièrement aux bouleversements politiques provoqués par Bitcoin